La rade de Perros-Guirec ou havre de Vlis (= Bilz(ic)?) en 1584 sur la carte marine de L. J. Waghenaer


En préparant une série de billets sur la description des côtes du sud de la Bretagne dans le routier de Pierre Garcie dit Ferrande, j'ai découvert le site de la section maritime de la librairie Loeb-Larocque. Il permet en particulier de visualiser dans d'excellentes conditions plusieurs cartes du magnifique atlas maritime de Lucas Janszoon Waghenaer, le Spieghel der Zeevaerdt ('Le Miroir du Navigateur') dont la première édition date de 1584/5. [1]



Je vous propose de jeter un coup d'oeil sur la carte détaillant les côtes du Goëlo et du Trégor où se niche notamment la rade bien abritée de Perros-Guirec[2], qui y est mentionnée sous le nom de havre de Vlis (Vlishaven).



Carte de Lucas Janszoon Waghenaer intitulée Verthoninghe van zee Cuften van Bretaignen.. (Ainsi se monstrent les costes de Bretagne... selon la traduction d'une version française de 1600 dans ''Le nouveau mirroir des voyages et navigations, Anvers, Jean Bellère). Gravure sur cuivre (et non sur bois). Elle mesure 325x510 mm et est rehaussée de couleurs appliquées (peut-être d'époque) à la main par un 'caertafsetter' (On sait que pour d'autres livres de cette époque, les souscripteurs/acheteurs avaient le choix. La couleur augmentait beaucoup le prix). Il y a eu trois éditions françaises en 1590, 1600 and 1605.
© Libraire Loeb-Larocque

Notes

[1] On peut ausi consulter quelques cartes de Waghenaer, dont celle qui nous intéresse, sur les sites de Paulus Swaen et de Barry Lawrence Ruderman, ainsi que l'ensemble de l'ouvrage (dans l'édition de 1588) ici

[2] Cette rade est aujourd'hui occupée par un port de plaisance, où hiverne actuellement mon bateau

D'après les historiens de la cartographie, les cartes de Waghenaer sont les premières cartes marines côtières à (relativement) grande échelle (1:400 000e environ). Elles comportent notamment quelques sondes[1] et de petits symboles en forme d'ancre localisant les meilleurs mouilages. Les cartes de cet atlas accompagnaient le texte d'un routier[2] décrivant de manière précise les routes maritimes et les abris. Des vues de la côte sont également présentes en haut des cartes[3], et non plus uniquement dans le routier.
On remarque immédiatement la présence de deux grands cartouches, d'une rose des vents divisée classiquement en 32 quarts[4], de plusieurs figurations de navires et d'animaux marins et de calmes paysages terrestres. Près des côtes, les édifices et particularités géographiques représentés devaient servir d'amers. Sur toutes les cartes, les terres sont en haut et la mer en bas. Notre carte est donc orientée sud vers le haut. Ces cartes de grand format et sur un beau papier épais étaient vraisemblablement plus destinées à de riches armateurs ou des notables politiques qu'aux capitaines ou aux pilotes eux-mêmes.[5] On notera à ce propos que Waghenaer publia ultérieurement, en 1592, un second routier, le Thresoor der Zeevaert (le 'Trésor de la Navigation') accompagné des mêmes cartes, mais d'une facture plus modeste et d'un format oblong (190 x 550 mm) plus réduit[6], donc financièrement plus accessibles aux gens de mer.[7]



La portion de carte illustrée ci-dessus s'étend de St-Brieuc à gauche (Est) à Morlaix à droite (Ouest). Beaucoup de toponymes sont aisément identifiables.
- Porterieux est vraisemblablement Saint-Quay-Portrieux;[8]
- Bribac[9] est sans aucun doute l'île de Bréhat;
- Port Blanc[10] est certainement Port-Blanc dans la commune de Penvenan;
- S: Ian de Doij est Saint-Jean-du-Doigt;
- Treguer[11] doit être pour Tréguier;
- L'îlot d'Oreme doit correspondre au plateau de la Horaine; [12]
- Sept. Ysles[13] est bien sûr l'ensemble des Sept Îles;
La grand 'fleuve' (fluvius) Lantrilies [14] pourrait correspondre à la rivière du Trieux. Pour la syllabe initiale, il y a peut-être eu croisement avec Landreger, le nom breton de Tréguier;
- Pont rien, en face de Bréhat, rappelle Pontrieux, sur la rivière du Trieux, mais aussi La Roche-Derrien sur le Jaudy.[15]

Mais il ne peut avoir échappé aux personnes familières de la région que cette carte est assez éloignée de la réalité topograpique (voir la carte moderne à la fin de ce billet). Les estuaires de deux grandes rivières coulant du sud vers le nord, assez proches l'une de l'autre, entaillent le Trégor : le Jaudy, à l'ouest, qui arrose Tréguier et La Roche-Derrien, et le Trieux, à l'est, qui longe Lézardrieux et Pontrieux. La marée haute rend accessible ces quatres petites villes, et les navires peuvent à tout moment trouver refuge à l'embouchure de ces estuaires, s'ils sont parvenus à éviter les semis de roches et d'îlots qui en rendent l'accès difficile.
Or une seule rivière est visible sur la carte entre Bréhat et les Sept-Îles. Néanmoins, plus à l'est, Porterieux est placé le long d'une rivière qui n'existe pas.[16] Je crois possible que Waghenaer, ou le cartographe dont il s'inspire, ait confondu Port(e)rieux et Pontrieux, plaçant une 'copie' du Trieux beaucoup trop à l'Est. En effet le grand 'fleuve' à l'ouest de Bréhat, Lantrilies est vraisemblablement également le Trieux. De ce fait, le Jaudy manque totalement.
On remarquera également que Port Blanc se trouve à l'est de Treger (Tréguier), qui se retrouve placé sur la côte, et non sur le Jaudy à l'intérieur des terres. Cette 'copie' du Trieux trop à l'est aurait donc conduit à la suppression du Jaudy. La proximité phonétique de Port(e)rieux et Pontrieux est certainement une circonstance atténuante. Mais on ne peut éliminer l'influence de cartes' terrestres' comme celle de Mercator, parue la même année, et qui n'est guère plus exacte (voir un extrait à la fin de ce billet).



Tournons nous maintenant vers la côte au sud des Sept-Îles. On ne peut manquer de remarquer une grande île appelée t'groen eijlant (l'île verte), derrière laquelle on trouve deux bons mouillages[17]. Le Petit Flambeau de la Mer[18] nous apprend qu'il s'agit de la petite île Tomé[19], qui protège partiellement la rade de Perros-Guirec:

ISLE DE TOMMEES
Deux petites lieues à l'Ouest de Port-Blanc, est l'Isle de Tommées, nommée par les Hollandois Groen.ylard [20] autour de laquelle on peut ancrer, c'est une fort bonne Rade: il y a aussi beau passage entre cette Isle & les sept Isles.[21]


Il s'ensuit que Vlis haven doit un lieu proche de Perros-Guirec[22]. La quête d'un toponyme commençant par v, ou b/m (pour tenir compte d'une mutation éventuelle) initial n'est pas évidente. On pourrait songer à (Crec'h) Bizien [23] passant à Viz(ien) par mutation, mais la consonne 'l' interne manque. Il s'agit plus vraisemblablement des rochers de Bilzic, à l'ouest de Tomé, qui donnerait Vilz(ic) par mutation[24]. Pour l'interversion de la consonne 'l' et de la voyelle 'i', y-a-t'il eu attraction de la part du nom du port néerlandais de Vlissingen ?[25]. Quoi qu'il en soit, je suggère donc que la rade de Perros-Guirec est appelée havre de Bilz(ic) sur cette carte, du nom d'un dangereux écueil qu'il convient de parer pour y pénétrer.[26] Signalons pour terminer que le routier précise que Vlishaven est aussi connu sous le nom de t Groene Eylandt'.[27]



Il est intéressant de consulter une carte hollandaise plus récente de près d'un siècle intitulée De Cust van Bretaigne Tussen Porterieux en Heissant (La côte de Bretagne entre Portrieux et Ouessant) publiée par Pieter Goos à Amsterdam en 1669.[28]


Une carte aquarellée très voisine (1670) se trouve dans à la page 20 de L’Atlas de la Mer ou Monde acquatique du même auteur.

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Port-Blanc, avec un clocher, se trouve maintenant clairement sur la rive gauche de la grande rivière, toujours unique, mais à la position que devrait occuper Tréguier et sa cathédrale Saint-Tugdual visible de loin[29], ville qui prend, symétriquement, la place de Port-Blanc. Vlis haven est toujours mentionné devant l'Île Verte (t'Groen Eyl./Eylant), dont la taille est plus raisonnable. L'échancrure de la rade de Perros n'est plus figurée, mais trois mouillages sont maintenant indiqués. La figuration des Sept-Îles, maintenant mentionnées en néerlandais (Seven Eylen / Eylanden), est bien plus riche, et son mouillage est présent. Les dangers des Triagoz (Drinkel Potten) sont clairement présents, avec, plus à l'ouest, des îles non nommées qui pourraient être le plateau de la Méloine[30] Plus à terre, la zone entre Ploumanac'h et Trégastel et ses rochers apparaissent, ainsi qu'un grande rivière qui est sans doute le Léguer[31], qui arrose Lannion.
On note de toute évidence, un siècle après la carte de Waghenaer, de notables progrès dans la figuration de cette zone riche en dangers. Ces progrès semblent d'ailleurs plus concerner les dangers au large que la côte elle-même, ce qui se comprend si les navires hollandais longeaient cette côte plus souvent qu'ils n'y mouillaient, sauf peut-être en cas de mauvais temps. La pauvreté économique de cette partie de la Bretagne et l'absence de grandes villes l'expliquent aisément.
Mais on doit cependant noter un point curieux. Les cartes terrestres sont en partie plus exactes que les cartes marines, comme on peut le constater sur cet extrait d'une carte générale de la Bretagne[32] imprimée aux Pays-Bas en 1635.



Si l'allure de la côte est assez fantaisiste, le Jaudy comme le Trieux sont bien présents. Lantreguet (Landreger en breton, Tréguier) et La Roche Derrien, sur le Jaudy, sont bien à l'est de Port-Blanc, sur la côte. Lasaldriou (Lézardrieux) et Pontrieux sont bien sur le Trieux (voir la carte sur le site). La rivière de Pontris (Pontrieux) a disparu. La carte mentionne Penros, la forme bretonne correcte pour Perros(-Guirec), mais aussi Poulmanach (Ploumanach) et Tresgastel (Trégastel). On est d'ailleurs frappé par la richesse et la relative correction de la toponymie[33]. Ceci conduit à conclure que les cartes marines hollandaises de cette époque ne se soucient guère de la côte. Le trait de côte semble recopié au fil des ans, sans prise en compte des informations disponibles sur les cartes 'terrestres'. Seuls les dangers au large semblent faire l'objet de mises à jour. Et l'usage d'un routier apparaît d'autant plus indispensable.

On peut regarder avec suffisance les 'erreurs' de ces cartes. On peut se gausser en particulier du changement d'échelle qui rend l'île Tomé et les Sept-Îles gigantesques par rapport à leur taille réelle à l'échelle de la carte. Mais il y a lieu de croire que ces variations de taille ne sont pas des erreurs. On a souvent noté que les premières cartes grossissaient les zones importantes pour la navigation, comme le font les cartouches de beaucoup de cartes modernes pour présenter à une plus grande échelle des zones cruciales pour la navigation, les ports par exemple. Ceci était déjà vrai pour les cartes à très petite échelle appelées improprement 'portulans', comme le soulignait récemment à nouveau Patrick Gautier-Dalché dans un article fondamental qu'il faut absolument lire.[34]

Mais il ne convient pas de majorer l'importance de l'apparition des cartes nautiques au plan pratique. Les routiers, avec leurs nombreuses vues des côtes, resteront jusqu'au début du XIXe, l'instrument privilégié des pilotes et maîtres de navire.[35] En forçant le trait, on pourrait dire que les cartes fonctionnent essentiellement comme un index visuel des paragraphes du routier. Et quand on prend en compte le manque de précision des cartes nautiques jusqu'à cette date[36], on comprend mieux la persistance des pratiques routinières et du manque d'ouverture à la nouveauté que représentent les cartes marines, tares dont on taxe souvent, à tort à mon avis, ces professions, même dans les meilleures évaluations historiques.










Extrait de la carte intitulée Britannia et Normandia cum confinibus regionibus de Gerard Mercator, 1585


Extrait d'une carte de Guillaume Brouscon, 1543. On déchiffre de bas en haut; morles (Morlaix); lannon (Lannion), por(blanc?) (Port-Blanc), b(rea?)c; (Bréhat), pontreo (Pontrieux), s:briec (St-Brieux). Cette carte avait pour fonction essentielle de permettre la détermination de l'heure des marées.


Extrait d'une seconde carte de Guillaume Brouscon (1548). Outre briat (Bréhat) et port blanc (Port-Blanc) qui apparaissent ici clairement, lantreger (Tréguier) et cetill (Sept-Îles) sont portés sur cette carte.

Notes

[1] Sans doute en brasses, un peu moins de deux mètres, mais je n'ai pas cherché si des spécialistes avaient établi l'équivalence moderne exacte.

[2] On parle de pilote ou d'instructions nautiques de nos jours. Mais le terme 'portulan' est encore utilisé dans le titre d'un pilote officiel français en 1855.

[3] Dans notre cas, il s'agit d'une vue de la côte entre Saint Pol de Léon et le Four, en passant par l'Abervrac'h, et d'une vue d'Ouessant.

[4] 11,25°, soit le quart d'un demi-angle droit.

[5] En 2010, un très bel exemplaire a été vendu 220 000 euros !

[6] Les cartes sont au 1:600 000e environ. Une édition française a paru en 1601. On peut voir un exemple de carte de cet ouvrage ici

[7] Le texte du routier (disponible en néerlandais dans le lien de la note de l'introduction) ne devait pas beaucoup différer de celui de la traduction en français d'un ouvrage de Guillaume Janszoon, datée de 1620 disponible en partie sur le site Gallica. La reproduction en est malheureusement trop réduite, ce qui rend très difficile la lecture de ce document. De l'argent investi pour un produit final inutilisable, voilà qui est bien triste...Les pages concernant les côtes du Trégor ne sont pas reproduites.

[8] La carte précédente de l'atlas porte Porto Rieux. La graphie Porterieux se trouve jusqu'au début du XIXe siècle.

[9] Bribact dans le routier.

[10] Port Blancq dans le routier. L'île Saint Gildas, qui protège le mouillage de Port-Blanc est déjà mentionnée dans la carte portulane de Vesconte (1313) sous la forme sanquindazo. On la trouve jusqu'en 1553, d'après le listing de Tony Campbell sur son extraordinaire site sur les portulans.

[11] Landreger (prononcé 'guerre') en breton.

[12] Le rocher d'Octobers en revanche ne correspond pas à un toponyme moderne de la zone. Sa position sur la carte peut suggérer le plateau des Triagoz (Triagots ou Triaguels-Porten dans le Flambeau, les Dragons sur certaines cartes terrestres du XVIIe, sans doute par fausse étymologie), mais aucun ilôt de ce plateau ne porte actuellement un nom proche. Au plan phonétique, ce nom évoque (le Sillon de) Talbert, en face des Héaux de Bréhat.

[13] Seven Eylanden dans le routier. On trouve ce toponyme sous la forme setiles dans la carte portulane de Vesconte (1313) (voir la note sur Port-Blanc).

[14] Lantrilliers dans le routier.

[15] C'est à Pontrieux que se trouvait le pont St-Yves, seul pont permettant de franchir le Trieux avant la construction de celui de Lézardrieux, 15 km en aval, en 1840. Mais La Roche-Derrien, sur le Jaudy, un peu au sud de Tréguier (dont le pont ne remonte qu'à 1904), possède également un pont ancien.

[16] L'anse au fond de laquelle est situé St-Brieuc pourrait être l'embouchure du Légué.

[17] Il est difficile en revanche de savoir à quoi correspond le mouillage entre les Sept-Îles et 'Treger': est-ce l'actuel Port-Blanc ou le mouillage des Sept-Îles entre l'Île aux Moines et Bono (appelé par erreur Melban sur cet extrait de la (pour une fois !) magnifique carte de Bellin (1764) ci-dessus, juste pour le plaisir des yeux, à comparer avec une carte moderne (SHOM 7025 au 20 000e, 1998)?

[18] Petit parce qu'il ne fait que 190 x 150 mm. Cité d'après l'édition de 1763 disponible sur le site Gallica . D'après le magistral ouvrage d'Olivier Chapuis À la mer comme au ciel: Beautemps-Beaupré & la naissance de l'hydrographie, la première édition du Petit Flambeau de la Mer de R. Bougard date de 1684 et la quatorzième et dernière de 1817, les cartes restant, pour la quasi-totalité d'entre elles, inchangées ! Il ne faut pas confondre ce petit ouvrage avec les grands routiers que sont le Grand et Nouveau Miroir ou Flambeau de la Mer, qui est une traduction française du routier hollandais de Willem Janszoon (Blaeu ?), traduit par P. Yvounet, première édition par P. Goos à Amsterdam en 1676, et le Nouveau & Grand Illuminant Flambeau de la Mer, traduction par Pierre Francois Silvestre du routier Zee-Fakkel de Jan van Loon et Claas Janszoon Voogt, première édition par Johannes van de Keulen en 1681.

[19] Ce site internet précise que "des actes du XVI-XVIIème siècle lui donnent les noms suivants : Tansvéac ez mettes du Port Blanc (en 1515), Taféac, Tarréac, Touavéac, Tavéac". On trouve Taveliuc(k) dans le routier de W. J. Blaeu ('t Licht der Zeevaert, IIII, p.33 (109)) en 1603/1608, et encore Taviec dans l'Almanach du Marin Breton en 1905.

[20] Groen-yand dans l'édition de 1730 consultable ici. La forme 'Green Isle' se trouve encore sur une carte marine anglaise de 1693.

[21] On notera l'importance que l'école de cartographie hollandaise (cartes comme routiers), liée à la puissance maritime de ce pays au XVIIe siècle, conserve à cette époque en France.

[22] Le routier précise que c'est un bon refuge, protégé de tous les vents. J.P. Pinot, dans un rapport de 1993 sur l'évolution du littoral (cité ici) indique que Vlishaven signifie 'port de la falaise'. Malgré mes recherches, je n'ai pas trouvé de mot flamand ou néerlandais proche de Vlis et signifiant 'falaise'.

[23] Une éminence du plateau rocheux sur lequel est construit Perros-Guirec

[24] Après article/préposition, comme dans (par exemple) roc'h ar vilzic ('roche de Bilzic'). -ic signale simplement un diminutif. Le Geriadur (dictionnaire) de Favereau donne Bilz(ic) comme nom du personnage (principal) du conte éponyme du XVIIIe (cf. F. al Lae, Bilzic, 1925). Une recherche rapide sur la toile donne le résumé suivant: Le malin Bilzic, voleur de son état, dupa le seigneur de Kerroué, épousa sa fille et devint à son tour châtelain à la mort du père. Plusieurs sites généalogiques indiquent une dame Alix (=Alice) Bilzic épousant Jean IV de Kergolay, mort en 1340. Une famille Bilzic aurait fait construire l'église Saint-Pierre au XIVe siècle à Plougonver (22). Bilzic est aussi cité comme surnom dans le récit traditionnel Marion du Faouet. Ces dates anciennes rendent plausible l'existence du toponyme Bilz(ic) à l'entrée de la rade de Perros-Guirec au XVIe siècle. Le Bilz est attesté comme pointe et basse près de Pénestin dans le Morbihan, tout comme Bilzic, un pont près de Hennebont ('Dictionnaire Topographique du Département du Morbihan' de Rosenzweig)

[25] La métathèse (interversion) de la consonne l par rapport à la voyelle est un phénomène courant, qui peut être spontané. Vlis dans le toponyme Vlissingen n'a pas d'étymologie certaine en néerlandais. Il ne s'agit donc pas d'une 'traduction' d'un toponyme breton en néerlandais, comme Waghenaer le pratique parfois (cf. Peter Menne' pour Pierre-Moine au large de Noirmoutier sur sa carte de Bretagne sud, avec un contresens.)

[26] On laisse Bilzic à très faible distance sur babord quand on entre dans la rade de Perros par la passe orientée NW-SE balisée aujourd'hui par le feu à secteur de Kerjean (cf. les doubles traits pointillées sur la carte du SHOM). Cette passe est plus souvent praticable que la passe orientée NE-SW (alignement du phare de Kerprigent par le phare du Colombier, visible sur la carte moderne) au ras de la pointe sud de l'île Tomé en raison des vents dominants d'ouest. Ces deux passes donnent accès aux deux mouillages de la carte de Waghenaer, qui sont encore aujourd'hui portés sur les cartes marines. Le groupe de maisons figuré pourrait correspondre au village de Louannec.

[27] On peut lire ici des détails sur l'attaque en 1529 dans la rade de Perros d'un navire flamand, mais commandé par un maître de l'île de Ré, par des pirates du Croisic.

[28] Elle semble assez proche de la carte du routier de 1620 déjà mentionnée.

[29] Mais la grande flèche actuelle n'a été terminée qu'en 1785. Il s'agirait donc de la tour Hasting d'époque romane

[30] On a suggéré que La Méloine était déjà mentionnée sur le portulan de Vesconte (1313) sous les forme melazo (voir la note sur Port-Blanc). Je plaiderai bientôt qu'il s'agit plutôt d'une référence confuse au prieuré de Saint Melaine à Morlaix.

[31] Je ne déchiffre pas le nom: L....t ?

[32] Britannia ducatus Duché de Bretaigne de Johannes Blaeu, chez G. Blaeu à Amsterdam.

[33] Il est intéressant de comparer la toponymie avec celle de deux petites cartes de Brouscon, du Conquet, datés du milieu du XVIe, à la fin de ce billet.

[34] 'Cartes marines, représentation du littoral et perception de l'espace au Moyen Âge. Un état de la question', in Castrum 7, Zones côtières littorales dans le monde méditerranéen au Moyen Âge: défense, peuplement, mise en valeur, Coordination éditoriale de Jean-Marie Martin, Droz (2001), pp. 9 - 33.

[35] Nous montrerons dans les prochains billets la haute qualité des renseignements donnés dans le routier de Pierre Garcie dit Ferrande dès la fin du XVe siècle.

[36] La rupture se fait clairement avec les travaux de cartographie marine de Beautemps-Bauprée à partir de 1820.

Commentaires

1. Le lundi 23 mai 2011, 20:58 par Rhum1

Bonjour,

l'analyse est très intéressante,
dommage qu'on ne ressorte l'objet exacte de ces cartes,
s'il s'agit réellement de cartes destinées à la navigation : au combien de drames s'en sont-ils suivis!?
nous savons que pour naviguer en mer inconnue les marins faisaient appels aux locaux, quel est donc l'objet exact de ces cartes?
les cartographiers étaient-ils pendus haut et court suite aux naufrages (parce que là quand même...)?
s'agissait-il d'une arnaque ou d'une carte décorative pour les salons des nobles?

pour moi plus de questions que de réponses mais thème qui me passionne bcp aussi, donc cela s'explique